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Quels sont les liens entre les neurosciences, la pédagogie, la didactique et la psychologie ?

14 / 08 / 2020 | JB BÉCOURT, IEN

Nous avons tendance à penser que les neurosciences et la psychologie cognitive sont nouvelles dans le monde de l’éducation, mais ce n’est pas le cas. Leur histoire est ancrée dans la pédagogie depuis plusieurs décennies.
Dans les années 80, deux conceptions fondamentales s’opposent de manière enrichissante et nous engagent vers une première rupture épistémologique. Les travaux de Vygotski s’opposent à ceux de Piaget. Le premier propose un modèle de développement en spirale : les enfants disposent de compétences à la naissance qui évoluent grâce à la médiation entre pairs notamment, par le biais du langage. Il est précurseur du travail coopératif. Selon son modèle, les compétences évoluent du fait de leur sollicitation par la coopération.

Piaget quant à lui, présente un modèle en escalier : l’enfant se développe par stades successifs pour atteindre son statut d’enfant épistémique vers la fin de sa deuxième décennie, c’est-à-dire présentant les compétences universelles.

Pour schématiser, Vygotski privilégie le terreau quand Piaget choisi l’arrosage. Vygotski privilégie l’interaction de l’enfant avec autrui ; Piaget privilégie l’interaction de l’enfant avec le monde concret. Pour ce dernier donc, le monde concret précède le monde abstrait.
Le modèle de Piaget est aujourd’hui remis en cause par les neurosciences dont les recherches ont permis d’observer la prospection universelle précoce ; les chercheurs ont montré que le cerveau de l’enfant dispose à sa naissance de toutes les compétences universelles, mais ses neurones doivent être connectés pour les concrétiser.

Nous perdons les deux tiers des milliards de neurones dont nous disposons à la naissance. Donc, pour devenir « intelligent », nous devons perdre les deux tiers de ces connexions afin de devenir experts du tiers restant. Un cerveau qui conserverait ces connexions ne pourrait pas réfléchir – comme dans certains types d’autisme. Perdre des neurones constitue donc la condition de l’apprentissage.
Le cerveau compile en permanence les statistiques qu’il produit en fonction des informations qu’il reçoit. Ces compilations lui permettent d’anticiper. Ces prédictions l’aident à organiser le monde interne pour interpréter le monde externe, c’est-à-dire apprendre.
L’opposition entre ces deux théories a fait évoluer la perception des pédagogues sur l’apprentissage et nous permet de mieux comprendre ce que nous observons. C’est durant les années 80 que nous avons commencé à parler d’éducabilité cognitive, et ce, chez l’adulte également. Or le fait de penser que le cerveau de l’adulte pouvait évoluer représentait une autre rupture épistémologique, qui peine encore à trouver sa place aujourd’hui. Pourtant, Jean-Pierre Changeux menait ses travaux sur la plasticité cérébrale. Son ouvrage, L’Homme neuronal, venait confirmer l’intuition de l’éducabilité cognitive.
En 2001, Alain Moal, cognitiviste, avait publié un texte dont je vous lis un extrait : « Il arrive fréquemment que, face au blocage, l’enseignant soit tenté de dresser la liste des raisons pour lesquelles l’apprenant ne comprend pas. Il peut s’agir de diagnostics incertains : » il manque de bases, il ne sait pas organiser son travail, il est en retard dans son développement intellectuel, il n’est pas motivé « , voire » il a atteint son maximum « . On peut également se référer à des raisons qui fournissent un remarquable argument de paresse pédagogique : » il a des problèmes sociaux, il a des problèmes psychologique « . Où est le jeu dans tout ça ? La dynamique positive de formation commence avec le jeu de l’enseignant. Quelles sont les caractéristiques de l’enfant dans lesquelles j’ai placé cet élève ? En quoi les caractéristiques de l’interaction dans laquelle j’ai placé cet élève interviennent-elles dans les blocages rencontrés ? » […]

Pour lire la suite : https://www.mlfmonde.org/tribunes/les-conditions-propices-a-lapprentissage/